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Etude Yosciweb : les jeunes, la science et Internet

Inquiète de la désaffection des jeunes pour les sciences, la Commission Européenne lance en 2006 un appel à projet intitulé "Images de la Science". L'objectif : proposer des solutions pour améliorer l'image que les jeunes ont de la science et des scientifiques. Menée dans sept pays d'Europe, l'étude Yosciweb coordonnée par le Conseil Général de l'Essonne a livré ses conclusions.

Jeunes, sciences et InternetComment les sites web véhiculent l'image de la science et des scientifiques auprès des jeunes ?
© Matteis / LookatSciences

Nom de code : Yosciweb, abréviation de Young People and Images of Science on the Web. Traduire : les jeunes et l'image de la science sur les sites Internet. Yosciweb, c'est une étude de grande envergure réalisée sur deux années par un consortium européen composé de 7 organismes issus de 7 pays : France, Estonie, Bulgarie, Espagne, Royaume-Uni, Islande et Pays-Bas. Mercredi 10 mars 2010, les auteurs de l'étude en présentaient les conclusions au Conseil Général de l'Essonne.

Objectif de cette grande enquête : mieux comprendre comment les sites web véhiculent l'image de la science et des scientifiques auprès des jeunes.  
L’un des intérêts du rapport, c'est sa dimension européenne, qui a permis de multiplier les points de vue, de les recouper pour arriver à élaborer un questionnement collectif fort. Tout commence en 2006 où la Commission Européenne lance un appel à proposition intitulé "Images de la Science" (dans le cadre du 7ème programme cadre). Laure Chémery et Laurent Billia, respectivement Chef du service Accès au Savoir et Chef d'édition du site Internet de vulgarisation scientifique la Banque des Savoirs au Conseil Général de l'Essonne, décident de répondre. Une démarche qui leur semble logique car le questionnement de la Commission rejoint celui du service Accès au Savoir : comment les jeunes perçoivent-ils la science et les scientifiques ? Et comment aborder et traiter ces problématiques sur La Banque des Savoirs ?
Forts de leur expérience au sein du Conseil Général, Laure Chémery et Laurent Billia répondent à l’appel d’offre de la Commission. Leur proposition est retenue. C'est le début du projet Yosciweb. Nous sommes en janvier 2008.

Deux ans plus tard, l’enquête livre ses premières conclusions : dans l'ensemble, les jeunes ont plutôt une bonne image des sciences. Quand celles-ci prennent plus d'importance dans les programmes scolaires, le rapport aux sciences et aux scientifiques devient plus ambigu et plus difficile.

Les jeunes qui ont été questionnés dans différents pays selon un panel représentatif. Point commun dans les réponses des jeunes européens : la difficulté à identifier précisément ce qu'est un scientifique. Là, c’est la référence historique qui prime et qui fait autorité. "Lorsqu’on leur demande de citer des scientifiques, ils répondent tous Einstein, Newton. Ca s’arrête là", constate Laurent Billia. Autre similarité dans les points de vue des jeunes : le stéréotype de l'homme en blouse blanche dans un laboratoire.
"En Estonie, le scientifique est considéré comme étant à part, un peu reclus. Il faudrait créer plus de lien entre les jeunes et eux", confirme Eero Elenurm, qui s’occupe d’une association spécialisée pour les jeunes et la science. Même son de cloche en Islande où “ Les jeunes demandent souvent : 'A quoi ça sert les scientifiques ?'” , comme l’explique Margret Sigurdardottir, qui gère un site de vulgarisation. "Chez nous, les jeunes aiment la science et les scientifiques, nuance Carl Kopperschaar, consultant pour le projet et rédacteur en chef de Kennislink, le site de vulgarisation scientifique hollandais. Mais à condition de les impliquer, de leur faire comprendre que la science a des implications dans la vie de tous les jours". On touche ici une subtilité intéressante que souligne Yosciweb : Les jeunes ne détestent pas la science, loin de là. C'est la perspective de carrières scientifiques, le plus souvent liées aux études, qui les en éloigne. Les hommes et les femmes de science doivent donc se rapprocher des 12-18 ans. Internet peut-il y contribuer ?


01.Jeunes et science : le rôle d'Internet

kennislinkUne soixantaine de sites de vulgarisation scientifique ont été passés au crible. Ci-dessus le site de vulgarisation scientifique des Pays Bas Kennislink (http://www.kennislink.nl/). C’est la grande question abordée par Yosciweb : quelle est l'image de la science et des scientifiques sur Internet ? Une problématique centrale à notre époque de toute-puissance des nouveaux médias, où Internet est devenu un outil de communication de masse Soixante sites de vulgarisation scientifique ont été passés au crible par les auteurs de l’étude.

Conclusions : ce sont les stéréotypes qui font quand même autorité. Le scientifique est le plus souvent perçu comme un homme en blouse blanche dans un laboratoire. Internet n'invente rien de bien particulier dans ce domaine. Même si on trouve ici où là des initiatives singulières sans doute tout aussi bonnes ou intéressantes les unes que les autres. Comme les néerlandais de Quest, (www.quest.nl) dont la présentatrice, Miss Q, est une James Bond girl très aguichante moulée dans une combinaison de cuir rouge brillante. Les animateurs du site misent sur un autre stéréotype pour enterrer celui de la blouse blanche...
En fait, à de très rares exceptions, les sites de vulgarisation scientifique mettent assez peu en scène ceux qui font la science, c'est-à-dire les scientifiques. Et même si certains sites exposent des portraits de scientifiques pour tenter de les rendre plus proches, plus humains en somme, c’est le plus souvent dans le contexte de leur recherche, loin d’un quotidien qu’il serait pourtant utile de montrer aux jeunes. « Cela explique pourquoi les jeunes ont aussi du mal à se projeter dans les carrières scientifiques. Il ne se sentent pas proches des chercheurs ou des ingénieurs », analyse Eero Elenurm.

Yosciweb a également permis d’étudier l'usage que les jeunes font d’Internet. Point capital : ce que recherchent d’abord les 12-18 ans, ce ne sont pas des sites web mais de l’information.  
"La notion de site est quelque chose à quoi ils sont étrangers, renchérit Laurent Billia. L’urgence, c’est le clic. Ils vont sur Internet parce qu’ils ont une question et qu’ils veulent une réponse rapidement". Pour la jeunesse, Internet est perçu comme une gigantesque banque de données dont Google et Wikipedia sont les stars. Face à cet usage très répandu, la notion de site Internet paraît presque obsolète. D’autant qu’un nouveau phénomène a explosé ces dernières années : les réseaux sociaux. "Lorsque nous avons commencé l’étude, Facebook existait à peine en France par exemple, constate Laure Chémery. Et les jeunes vont beaucoup sur les réseaux. Pas forcément pour participer d’ailleurs. Parfois juste pour voir ce qu'il se dit ". Face à ces nouvelles pratiques, comment Internet peut-il véhiculer au mieux l’image de la science et celle des scientifiques ?

02.Pistes de réflexions

nhm ac ukComment moderniser l'image de la science et des scientifiques sur internet ? Ci-dessus le site du Natural History Museum au Royaume Uni (http://www.nhm.ac.uk/).  Le rapport esquisse quelques perspectives de réflexions intéressantes. Avant toute chose, changer l'image des scientifiques sur les sites Internet, trop souvent présentés comme des chercheurs dans un laboratoire.
Pour les auteurs, rien n'indique pour autant qu'il faille à tout prix  "vendre" une image positive de la science aux jeunes. Ce qu’ils attendent surtout, c'est une représentation réaliste de la science et des scientifiques.
Cette idée est importante. Elle rejoint le souci et la nécessité de créer un lien sociétal entre les sites et les jeunes. En rendant les scientifiques plus proches, davantage immergés dans le réel, les gestionnaires de sites Internet peuvent contribuer à démystifier les sciences. Comme le dit Carl Kopperschaar avec enthousiasme : "La science est partout, dans la chaise sur laquelle vous vous asseyez, dans le vidéoprojecteur de la salle, dans l’air, c’est ça que nous devons faire comprendre aux jeunes !"  
Autre piste de réflexion importante mais délicate : les sites de vulgarisation scientifique doivent-ils davantage prendre en compte les programmes scolaires dans leur approche éditoriale ?

Car si les jeunes ont une idée floue de la science, il ne la déteste pas, loin de là. C’est avec le lycée et les impératifs de la réussite scolaire que les choses se corsent et que la perception des sciences et des scientifiques se durcit dans leur imaginaire. Grande question que la relation amour/haine entre science et enseignement de la science : faut-il lier la vulgarisation scientifique aux matières scientifiques, partir de ces matières pour ouvrir vers la réalité du monde de la recherche ? Ou au contraire s’en éloigner ? Donner des outils pour effectuer ses devoirs par exemple, est peut-être une manière d’éveiller la curiosité des internautes et de les encourager à se renseigner davantage sur des sujets scientifiques dépassant leurs besoins scolaires immédiats.

Yosciweb appuie également sur la nécessité de varier les supports en introduisant davantage de contenus multimédias et davantage d’interactivité afin de créer des sites scientifiques efficaces. "Attention cependant à ne pas tomber dans quelque chose de trop coloré, de trop fantaisiste. Les jeunes aiment et donnent du crédit à Wikipedia aussi pour son côté neutre", précise Margret Sigurdardottir.
Enfin, Yosciweb confirme l’importance de permettre à l’information, autant que possible, d’aller vers l’internaute. En clair, les sites doivent produire et diffuser leurs contenus de telle manière qu’ils ne restent pas enfermés dans le site, mais voyagent sur tous les réseaux offerts par le web 2.0. Flux Rss, lettres d’information, réseaux sociaux etc., sont autant de manières de faire "la promotion" des contenus scientifiques. Quant au site lui-même, il faut qu’il propose à l’internaute un moteur de recherche efficace qui permette de trouver rapidement ce qu’il cherche. Toujours et encore cette quête de l’information…

03.Scientifiques et société, les meilleurs ennemis

Rapport-consortium-YSWA l’issue de 2 ans de collaboration, les sept partenaires du projet ont réalisé un guide de bonnes pratiques téléchargeable sur Internet. Laure Chémery chef du service Accès au Savoir du Conseil Général de l'Essonne est la coordinatrice du projet Yosciweb. Avec Laurent Billia, chef d'édition de La Banque des Savoirs, ils font le point sur cette expérience. Pour eux, le monde scientifique gagnerait à investir davantage les grandes questions de notre époque pour se rapprocher du public.

Quel a été le point de départ de la démarche Yosciweb ?

Laurent Billia : Le point de départ, avec nos partenaires, avant de commencer l’étude, a été de définir le mot science et ça a donné lieu à de gros débats ! Pour certains c’est la recherche fondamentale, pour d’autres, ce sont les professions scientifiques. La question du périmètre thématique est également matière à débat : est-ce que l'histoire est une science… En fait, c'est très flou et très large dans la tête des adultes. Et pour les élèves, c'est pareil. Pendant les groupes de discussions par exemple (groupes de jeunes de 12 à 18 ans représentatifs qui ont participé à l'étude - NDLR), il y avait des jeunes dont les parents étaient laborantins ou médecins et qui ne les considéraient pas comme scientifiques !
Laure Chémery : Quand ils sont petits, ils ne savent pas ce que c'est que la science. Lorsqu’ils sont lycéens, leur perception a été formatée par l'école.

D'après votre rapport, les jeunes se sentent éloignés du monde scientifique. Pourquoi ?

Laurent Billia : Les jeunes pensent de manière concrète. Et ça, le monde de la science ne l'entend pas du tout. Dans les salons pour étudiants, quand ils rencontrent des scientifiques, les jeunes demandent : combien vous gagnez, vous roulez dans quelle voiture, vous avez des vacances ? Les scientifiques ne sont pas à l'aise pour aborder ces points. Dans d'autres professions, ces questions sont évidentes. Hors les jeunes, eux, ne choisissent pas forcément leur avenir professionnel en fonction d'un goût comme « j'aime les étoiles ». Ils peuvent être très pragmatiques. Les scientifiques sont toujours surpris face à ce réalisme.
Laure Chémery : Le plus souvent, ils ont une image négative des études scientifiques, mais pas de la science en général. Ce qui les embête, ce sont les matières scientifiques à l'école et la perspective d'études supérieures dans ce domaine. C'est vraiment un problème lié à l'enseignement des sciences. Il n'y a qu'en Bulgarie, où être scientifique est quelque chose que les jeunes recherchent parce que c'est bien vu par le corps social.

Mais avec les sites Internet, les 12-18 ans peuvent multiplier les possibilités d'accès aux sciences. Il n'y a pas que l'école ?

Laure Chémery : Un aspect très important, c'est qu'un site Internet n'a pas la même valeur s'il est consulté dans le cadre scolaire et s'il est consulté à la maison. Certains jeunes disent : "Ah, non, ce site là, c'est un site pour l'école". Alors que dans les faits, il n'a rien de scolaire. En fait, sur Internet, ce qu’ils aiment avant toutes choses, ce sont les réseaux sociaux et les jeux.
Laurent Billia : De toutes façons, pour les jeunes, la notion de site web n'existe pas. Ils viennent chercher du contenu. Point. Dans leur esprit, Il n’y a qu’un site web, c'est Google. Ce qu'ils veulent avant tout, c'est un moteur de recherche. Ils veulent le résultat tout de suite.

Et que dire des sites de vulgarisation scientifique ?

Laurent Billia : La place du débat sociétal est absente de la plupart des sites de vulgarisation scientifique. Aujourd'hui, vous ouvrez un journal généraliste, on y parle des débats sur les   nanotechnologies, du Grenelle de l'environnement, du nucléaire... Très peu de sites de vulgarisation à destination des jeunes font ça. Ils ne sont pas le lieu du débat. Il y a un malaise du monde de la culture scientifique qui ne prend pas en charge ces questions.

Téléchargez le Guide Yosciweb des bonnes pratiques et recommandations (PDF, environ 3Mo)

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