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La gare de Juvisy-sur-Orge : à la croisée des chemins

  • Posté le : Mercredi 1 Septembre 2004
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  • par : S. Taboury
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  • Expert : P. Martin
  • Actualisé le : Lundi 26 Novembre 2012
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Surnommée au début du XXe siècle "la plus grande gare du monde", pour son activité et sa situation stratégique reliant Paris à Orléans et Paris-Corbeil, la gare de Juvisy est encore aujourd'hui l'une des gares les plus actives de France : 1000 trains et 1300 bus y circulent tous les jours…

juvisy SH 02Quai de la gare du RER C à Juvisy
© ayustety

En 1827, s'ouvre la première voie ferrée française. Reliant Saint-Etienne à Andrézieux, elle est dédiée au transport du charbon. Dix ans plus tard, une deuxième ligne est inaugurée, pour les voyageurs cette fois, entre Paris et Saint-Germain-en-Laye. Le 17 septembre 1840, c'est au tour de la ligne Paris-Corbeil, la troisième voie ferrée construite en France. Le futur département de l’Essonne, issu du démembrement en 1964 de la grande Seine-et-Oise, fait son entrée dans l’histoire nationale du rail. Cette nouvelle ligne répond à un enjeu majeur : supplanter le trafic fluvial, assuré à l'époque par les "corbeillards", un nom donné à ces bateaux noirs et lents (surnom qui est à l'origine de celui donné plus tard aux véhicules des pompes funèbres !).  Le maître d'œuvre de cette troisième ligne est la toute nouvelle Société anonyme du chemin de fer Paris-Orléans ("le PO"), fondée deux ans plus tôt. Poussée par la famille Darblay, une des grandes familles essonniennes, pour créer des gares, la compagnie se "fait la main" avec cette première ligne. Paris est désormais à une heure de Corbeil ! Au bout d'un an d'exploitation, le chemin de fer a transporté 866 000 voyageurs au lieu des 544 000 prévus.

01.La plus grande gare du monde

gare 3La Fourche de Juvisy, années 50.
© Maison de Banlieue et de l’Architecture
Trois ans plus tard, Paris-Orléans par Etampes est inaugurée, et Juvisy devient la première gare de bifurcation de France. S'ajoutent à cette "fourche" l'embranchement du Paris-Lyon-Méditerranée (PLM), en 1863, et la Grande Ceinture en 1877. Une gare de marchandise distincte ouvre en 1864. Elle devient, en 1885, une gare de triage pour relayer la capitale dont les équipements sont insuffisants. Durant ces années, Juvisy est considérée comme la plus grande gare du monde ! Bombardée en 1944, elle est reconstruite, mais la fermeture du triage en 1974 marque la fin de son rôle de plaque tournante des liaisons Nord/Sud. Elle n'emploie plus aujourd'hui que 70 personnes, contre 570 salariés à la grande époque. La gare garde pourtant des traces de son passé : le nombre de lignes, mêmes sous employées, reste aujourd’hui encore très important. C'est ici que passent toutes les lignes ferroviaires entre Paris et le Sud de la France.  Cette apparition du rail sur le territoire va de pair avec un développement technique important. C'est en Essonne, au milieu du XIXème siècle, que l’ingénieur Jean-Claude Républicain Arnoux expérimente les premiers trains articulés sur la sinueuse ligne de Sceaux. Une avancée technique de premier ordre. Terminé les trajets en ligne droite. Le train articulé va bouleverser la conception des tracés car les courbes sont désormais possibles.

Elément clef de l'explosion démographique du département, le chemin de fer a un impact majeur sur l'urbanisme. Dès la fin du XIXe siècle, une politique d'expropriation massive permet de constituer le réseau. Très vite, les villages isolés des fonds de vallées sont alors désenclavés et se développent. La bourgeoisie parisienne vient plus nombreuse en villégiature. Pour loger sur place les employés de la gare de triage de Juvisy, la compagnie du chemin de fer Paris-Orléans fait construire, à Athis-Mons, le premier d'une longue série de lotissements cheminots. Suivront entre les deux guerres une deuxième vague de lotissements ouvriers puis, à partir des années 50, la construction de grands ensembles. La "Grande Ceinture" est progressivement mise en service dans le département entre 1877 et 1886, par un syndicat réunissant les compagnies Nord, Est, Paris-Lyon-Méditerranée et Paris-Orléans, avec pour objectif de faciliter les communications transversales. Cette "Grande ceinture" comporte trois lignes : Noisy-le-Sec-Juvisy, Juvisy-Versailles et Villeneuve-Saint-Georges-Massy-Palaiseau. Le service voyageurs disparaîtra à la fin des années 30, sauf sur Juvisy-Versailles.

02.Le réseau

gare 8Plan de circulation.
© Maison de Banlieue et de l’Architecture
Très vite, le réseau tisse sa toile sur tout le territoire national. En 1878, Charles de Freycinet, ministre des Travaux publics, constitue le réseau d'Etat en rachetant des compagnies déficitaires de l'Ouest. Il met au point en 1879 un plan prévoyant plus de 8 000 kilomètres de lignes supplémentaires pour irriguer le monde rural, dont trois en Essonne : Etampes-Auneau, ouverte en 1893 et qui fermera à la fin des années 60, Corbeil-Melun et Montereau en 1897, devenue aujourd'hui une branche de la ligne D du RER, et enfin Massy-Palaiseau-Chartres par Limours en 1930. Cette réalisation devait pallier l'absence d'accès indépendant du réseau d'Etat à la capitale. Le trafic voyageurs s'interrompra à la déclaration de guerre en 1939. Après avoir servi à l'expérimentation de l'aérotrain de Bertin en 1965 (voir plus loin), l'emprise de la ligne sera empruntée par le TGV Atlantique entre Paris et Massy.

Certaines lignes sont emblématiques de l’époque. Comme la ligne de l'Arpajonnais, ouverte en 1891 le long de la Nationale 20, et qui reliait les villages maraîchers de la région aux Halles de Paris en 1 heure 30. Le trafic automobile sur la Nationale 20 et l'absence de signalisation sur les passages à niveau engendrant de nombreux accidents, l'Arpajonnais est supprimé en 1936. Parmi les "chers disparus", le CGB, chemin de fer de la grande banlieue, parcourait la boucle d'Arpajon à la Ferté-Alais ou à Corbeil en 3 à 4 heures, transportant voyageurs, productions agricoles, engrais et matériaux. Il a été fermé en 1948.

03.Après la guerre

gare 6Bombardement du 18 avril 1944 sur le Val d’Athis, avec la gare de triage au deuxième plan.
© Maison de Banlieue et de l’Architecture
Après la seconde guerre mondiale, la SNCF doit reconstruire le réseau, moderniser ses machines, électrifier ses lignes. Elle prépare l'avenir du réseau ferré en Essonne, un réseau devenu indispensable, même s'il est sérieusement concurrencé par la route. Au cours des années 70, apparaissent les trains corail, les trains express régionaux, les turbotrains.  Ou encore l’aérotrain : depuis quelques années déjà, Jean Bertin, ingénieur spécialiste des coussins d’air, concentre ses travaux sur cet engin futuriste, un véhicule monté sur un monorail et propulsé par une hélice. Il atteint la vitesse de pointe de 430 km/h, pulvérisant ainsi tous les records sur rails. Mais le gouvernement, qui a durant un temps soutenu le projet, coupe pourtant les financements la même année au profit de celui qui deviendra le TGV. Nous sommes en mars 1974. Jean Bertin meurt quelques mois après l’abandon du projet.

Avec le TGV, c’est le début de l’époque des trains à grande vitesse. La ligne Paris-Lyon est inaugurée en 1981, traversant le nord de l'Essonne sur une courte distance. Mis en service en 1989, le TGV Atlantique modifie profondément le paysage du département : il emprunte l'emprise inutilisée du défunt Paris-Chartres, puis longe l'autoroute A 10.  La gare TGV de Massy est inaugurée en 1991 : elle devient un pôle d'interconnexion régional, national et européen. Point de correspondance entre les RER B et C, à proximité d'Orly, elle relie toutes les lignes TGV sans passer par Paris, une première en Ile-de-France. Car le XXIe siècle en Essonne sera aussi celui du chemin de fer. Les projets abondent, comme des lignes de tramway, notamment le tracé Villejuif-Juvisy (mise en service prévue en 2013). Quant aux anciennes voies ferrées, certaines d'entre elles continueront d'être réaménagées en chemins de randonnées ou en pistes cyclables, faisant revivre les itinéraires oubliés des campagnes du département.

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