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Le logiciel libre en voie de reconnaissance mondiale

Vous imaginez les logiciels libres comme les œuvres de programmeurs utopistes, un brin naïfs ? Oubliez vos préjugés. Non seulement le "Libre" conquiert de plus en plus d'administrations et d'entreprises, mais en outre, après le monde de la technique, il gagne celui de la culture et des arts.

Le logiciel libre© Stefanos

Citons juste trois événements indépendants, mais symptomatiques de l’importance grandissante du logiciel libre. D'abord cette annonce, qui aurait eu tout l'air d'un canular il y a quelques années : fin 2006, Sun Microsystems distribue sous licence libre le langage de programmation Java, très populaire dans l'informatique d'entreprise, et renforce ainsi son poids face aux concurrents made in Microsoft. Ensuite, en février 2007, une école tournée par nature vers le monde de l’entreprise, l’Institut national des télécommunications (INT), distribuait sur le modèle du logiciel libre PicoForge, un ensemble de programmes destinés à faciliter le travail collaboratif via Internet. Enfin, le 3 mai 2007, des arrêtés du ministre de la Culture et de la Communication modifiaient la composition du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) pour y faire entrer pour la première fois deux représentants du logiciel libre.

Liste non exhaustive mais révélatrice du fait qu'en une dizaine d’années, le logiciel libre est devenu une alternative crédible aux solutions commerciales classiques ; provoquant par exemple l’annonce en janvier 2007 par Peugeot que 20 000 de ses postes de travail allaient migrer sous le système d’exploitation libre GNU/Linux. Loin de l’image d’Épinal du fruit de quelques programmeurs libertaires, il est en train de se transformer en modèle économique viable pour les entreprises, qui non seulement utilisent des programmes libres mais également en développent. Ce, en opposition au model jusqu'ici dominant du logiciel classique dit "propriétaire", qui soumet l'utilisation du produit à l'obtention de l'accord express de son créateur, souvent à travers une licence payante (les utilisateurs acquièrent alors seulement le droit d'utiliser le logiciel, pas celui de le modifier).

Mieux encore, "le Libre", comme on l’appelle tout court, a fait tâche d’huile en dehors de son milieu d’origine, l'informatique. L’esprit de partage qui l’anime se retrouve désormais dans le domaine des arts et de la culture, telle cette pièce de théâtre qui a été jouée au mois de juin à Paris et dont le texte est publié sous les mêmes termes que le logiciel libre. D’ailleurs, à la suite de leur nomination les nouveaux membres du CSPLA ne se sont-ils pas déclarés représenter l’ensemble de "la création libre et de la diffusion ouverte des oeuvres de l'esprit" ? Une société "Libre" se dessine, dont nous vous invitons à découvrir les contours.

Olivier Berger, spécialiste du logiciel libre et des plates-formes de travail collaboratif, co-développeur de PicoForge, a accepté de répondre à nos questions sur ce sujet.

01.Un décollage mondial

BureauxDe plus en plus d'entreprises utilisent des logiciels libres (navigateur web, suite bureautique…), ou seraient prêtes à en faire l'expérience
© Todd Wright/Getty
Le logiciel libre ? C’est un logiciel qui accorde les presque pleins pouvoirs à son utilisateur. Avec lui, l'usager est roi : il peut copier le programme, l’utiliser sur autant d’ordinateurs qu’il le souhaite et surtout le modifier. Pour qu’il puisse jouir de cette dernière prérogative, le logiciel lui est non seulement fourni dans sa version binaire - constituée de 0 et de 1, et seule à être comprise directement par l’ordinateur - mais aussi sous sa forme originelle telle que l’ont écrite les programmeurs, qui est une longue litanie d’instructions de programmation appelée le code source. Seul l’accès à ce code source permet à l’utilisateur de modifier en profondeur le programme (ce libre accès au code source explique la traduction anglaise d’opensource software pour le logiciel libre). En majorité gratuit, le logiciel libre se distingue cependant du freeware, cousin également gratuit mais dont le code source est tenu secret et donc est inaccessible.

Des programmeurs de logiciels libres ont voulu nuancer les droits qu’ils cédaient à l’utilisateur, en leur interdisant par exemple de "privatiser" des versions dérivées du logiciel, ce qu’autorisait originellement l’étiquette "logiciel libre". Ainsi sont nées les licences du logiciel libre qui apportent des précisions sur ce que peut faire ou non l’utilisateur. Parmi les dizaines existantes, la plus répandue est la licence GNU GPL* qui oblige, si l’on modifie le programme, à le redistribuer sous les mêmes termes, en particulier à le transmettre gratuitement, hors coût de diffusion. À l’opposé, la licence BSD (Berkeley software distribution) laisse toute latitude à l’utilisateur de s’approprier le logiciel, de le revendre, de l’intégrer dans un logiciel commercial…

Aujourd’hui, le logiciel libre a envahi tous les domaines de l’informatique. Un particulier, qu'il cherche un navigateur web (Firefox), un logiciel de messagerie (Thunderbird), une suite bureautique (OpenOffice), un programme de retouche d’image (Gimp, le "Photoshop libre"), mais aussi des manuels scolaires (Mathenpoche, qui couvre l’intégralité du programme de mathématiques du collège), des jeux en réseau ou un système d’exploitation (les différentes version de Linux, équivalentes de Windows en libre, comme Mandriva et Ubuntu) trouvera son bonheur. Le monde de l’entreprise n’est pas en reste, avec des logiciels allant des langages de programmation (Java, PHP…) à la gestion des noms de domaine (les serveurs de nom de domaine, tel le Libre BIND, traduisent les noms de site Internet en adresses physiques sur le réseau). À destination des administrations locales, on trouve même des logiciels de gestion de concession de cimetière (OpenCimetière) et de listes électorales (OpenElec).

À cette offre pléthorique a répondu une demande croissante. Selon une étude du cabinet de conseil IDC datant de mars 2006, 82 % des entreprises utilisaient alors déjà des "applicatifs" (applications liées à un domaine particulier) libres ou planifiaient de le faire d'ici à douze mois. Au total, la part du Libre représenterait aujourd’hui 1 % dans le marché mondial et grimperait en valeur relative de 60 % par an, contre dix fois moins pour le logiciel commercial classique, dit "propriétaire"**. Dans le monde d’Internet, le succès du Libre n’est plus à démontrer. 70 % des serveurs Web (les serveurs Web sont les chefs d’orchestre des machines qui hébergent les pages Internet) sont équipés du logiciel libre Apache. Firefox, l’équivalent libre d’Internet Explorer, détient quant à lui 15 à 20 % de part de marché selon les pays et les plates-formes (Windows, Mac ou Linux). Même constat dans l’administration publique où, année après année, le Libre prend du galon. En France, la gendarmerie nationale et plusieurs ministères, notamment ceux de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, et de l’Agriculture et de la Pêche utilisent déjà OpenOffice. 500 000 licences de Microsoft Office auraient ainsi été annulées ces deux dernières années au profit de la suite bureautique alternative.

Dernier exemple : la direction générale de la modernisation de l'État a lancé un programme de standardisation des documents que produisent les administrations, collectivités territoriales et autres établissements publics. Elle va prochainement publier un "référentiel général d'interopérabilité" (RGI) qui stipulera dans quels formats de fichiers devront être publiés ces documents afin qu'ils puissent être lus d'un logiciel (et donc d'une administration) à l'autre. Aucun format n'est encore arrêté, mais les formats libres, tels que ceux d'OpenOffice, devraient se tailler la part du lion. Le RGI vise à réduire les coûts en évitant les saisies multiples de mêmes informations par différents services. En outre, il permettra aux établissements publics de financer des projets informatiques communs.


* GNU-GPL signifie littéralement "GNU'sNot Unix" ("GNU n'est pas Unix") "General Public License" ("licence publique générale")
** Projection d’après un rapport de Pierre Audoin Consultants, 2005

02.Le Libre, un enjeu économique et politique

Déclaration d'impôtsLe site de paiement en ligne des impôts (ministère des Finances) est basé sur le système Copernic, qui utilise différents logiciels libres.
© DGI
Il serait faux de croire que, parce qu’il est gratuit, le logiciel libre n’est produit que par des communautés de programmeurs bénévoles travaillant à leurs heures perdues. Si tel était le cas il y a dix ans, les choses ont depuis changé. Notamment, les entreprises ont compris l’intérêt non seulement d’utiliser des applicatifs libres mais aussi d’investir dans leur développement. D’après un récent rapport de la Commission européenne*, l’investissement européen dans le secteur du Libre atteindrait 22 milliards d’euros, soit 20 % de l’argent total dépensé pour du logiciel. Les entreprises voient dans le Libre le moyen de mutualiser leurs investissements : en rendant publics leurs logiciels, elles espèrent que leurs concurrents fassent de même et que les progrès profitent à tous. Mais l’adoption du Libre résulte également d’une stratégie de standardisation. Après avoir livré le code source de son logiciel de base de données, l’éditeur MySQL a grignoté des parts de marché à ses concurrents, Microsoft et Oracle, élevant de fait son programme au rang de standard.

Pour les administrations publiques, la motivation d’investir dans le Libre est toute autre. "Elles veulent assurer la pérennité de leurs données", décrit Olivier Berger, ingénieur à l’Institut national des télécommunications et coauteur de la plate-forme logicielle PicoForge. Elles sont en effet effrayées à l’idée que les éditeurs lâchent un jour la maintenance de leurs logiciels et ne garantissent plus l’interopérabilité nécessaire à l’échange de données entre services. En adoptant des programmes libres, elles s’accordent le privilège de pouvoir les faire évoluer avec les tendances de l’univers du logiciel. Et le Libre n'est pas moins sur qu'un logiciel propriétaire. Ainsi, le ministère des Finances a bâti son système Copernic de déclaration en ligne de l’impôt sur une collection de logiciels strictement libres. Copernic fonctionne depuis 2000, et n'a jamais connu d'attaque informatique.

La sécurité n’est pas le seul enjeu stratégique du Libre. Beaucoup voient en lui une baguette magique pour réduire la fracture numérique entre les pays riches et les pays pauvres, qui ne peuvent s’offrir les coûteux logiciels produits par les entreprises occidentales. Ainsi, l’ONU mène des actions de promotion du Libre à travers plusieurs de ses organisations. Le Programme des Nations unies pour le développement a par exemple publié début 2007 un ouvrage faisant la synthèse d’implantations réussies de logiciels libres dans des pays en développement, document destiné à inspirer les responsables informatique d’administrations.

L’Unesco, elle, organise régulièrement des conférences de vulgarisation sur le Libre, comme celle qui se tient en juillet prochain à Dushanbe au Tadjikistan. Elle dispose en outre de son propre portail sur les logiciels libres et développe même des logiciels destinés à terme à évoluer sous licence libre, en particulier un gestionnaire de base de données, CDS/ISIS, qui est utilisé par plusieurs milliers de bibliothèques et centres de documentation autour du globe.

Au vu de cet engouement général pour le Libre, on pourrait croire qu’il représente à lui seul l’avenir de l’informatique. Olivier Berger tempère cet avis : "Du point de vue purement macro-économique, l’essentiel des logiciels est produit à façon, sur mesure des besoins de l’entreprise ou de l’administration." Pourtant des sociétés développent aussi des outils sur mesure, totalement adaptés aux besoins des entreprises, en proposant une prestation de développement et de maintenance à partir de logiciels libres ; les évolutions développées étant ensuite mises à disposition des autres utilisateurs du logiciel. Mais le Libre ne captera jamais à lui seul tout le marché de l’informatique. Gérard Giraudon, directeur du Centre de recherche Inria (l’Institut national de recherche en informatique et en automatique), de Sophia Antipolis, le confirme. De ses années d'expérience où il développait le Libre au sein de l'organisme, il en a tiré la conclusion "qu'il ne s'agit pas d'opposer les deux modèles (propriétaire et libre), mais bien de comprendre celui qui est le plus adapté à la demande : plus on est dans l'usage spécifique ou ad-hoc, plus on a intérêt à faire du propriétaire ; plus on a besoin d'interopérabilité et d'accélérer la maturation d'un logiciel, plus le Libre est efficace". Le logiciel propriétaire a encore de beaux jours devant lui.


* : Open Source key for ICT Competitiveness : European Commission, janvier 2007

03.Le Libre, inspirateur des systèmes collaboratifs

Portrait de Linus TorvaldsLinus Torvalds est le créateur du système d'exploitation à architecture ouverte Linux. Finlandais, il travaille désormais aux États-Unis pour l'Open Source Development Lab, un laboratoire financé par un consortium de sociétés qui commercialisent Linux.
© Linuxmag.com
Si pour certains, comme Linus Torvalds, le père de Linux, le principe du libre accès au code source représente simplement un moyen efficace de produire du logiciel en laissant la possibilité à d’autres d’examiner et de tester son programme, pour d’autres, en revanche, le Libre fut dès le départ le fer de lance d’une bataille idéologique. Une bataille dont les enjeux sont clairement affirmés par la devise de Richard Stallman, l’inventeur américain de la licence GPL : "liberté, égalité, fraternité". Pas étonnant dès lors que l’esprit du Libre s’étende à d’autres domaines et en particulier à celui de la culture. L’Américain Jimmy Wales déclare ainsi s’être directement inspiré du Libre pour créer l’encyclopédie en ligne et collaborative Wikipedia : "J'étais impressionné par le mouvement du "logiciel libre" fondé sur le bénévolat, l'entraide et le partage des connaissances, qui a produit les meilleurs logiciels du monde. Je voulais étendre ce concept au-delà de l'informatique, et créer une encyclopédie générale, gratuite et ouverte à tous, produite collectivement par les internautes intéressés."*

Une déclaration de bonnes intentions qui a atteint sa cible au-delà de toutes les espérances. Wikipedia, c’est aujourd’hui 1,5 million d'articles dans sa version anglaise, 300 000 dans sa version française - celle-ci comportant plus d'un million d'images, vidéos et extraits sonores libres de droits déposés par les internautes. Et une réactivité à faire pâlir de jalousie les sites de journaux en ligne. Deux heures après la fusillade sur le campus de Virginia Tech, le 16 avril, une page Wikipédia était ouverte où les plus grands médias se sont mis à puiser leurs informations. La clé du fonctionnement ? Une organisation doucement policée, calquée sur celle des communautés du Libre, avec des "Wikipédiens" exerçant différents rôles de régulation : les "bureaucrates" qui chapeautent une communauté autour d’un projet défini, les "check-users" qui ont le pouvoir de vérifier les identités d'utilisateurs suspects, les "oversights" qui ont la charge de supprimer des articles diffamatoires… Et une plate-forme d’échange adaptée qui met à la disposition de tous des listes de discussion, un historique de dépôt et de suivi des contributions des internautes.

"Historiquement, les plates-formes de ce genre, les "forges", se sont développées fortement dans le monde du logiciel libre, rappelle Olivier Berger, pour répondre aux besoins des développeurs qui travaillent aux quatre coins du monde." PicoForge, à laquelle contribue ce chercheur, en est un exemple.

Le concept de Wikipedia inspiré du Libre a fait école et on a vu fleurir ces dernières années quantité de sites communautaires. Leurs points communs ? Ils n’existent que grâce aux internautes et à leurs contributions. Ainsi Youtube ou Dailymotion sont de gigantesques archives de vidéos en tous genres, allant de l’adolescent qui filme ses prouesses en skateboard au dernier épisode piraté d’une série américaine. Myspace est un "réseau social" qui ambitionne de mettre en relation les internautes en fonction de leurs affinités, surtout musicales. 6nergie propose un service équivalent pour les professionnels. Le projet Gutenberg, quant à lui, rassemble des textes, pour l’essentiel de la littérature tombée dans le domaine public, postés par les internautes.

Le succès de ces sites (Myspace compte plus de 100 millions de membres) a fait saliver les géants de l’Internet. Résultat, Google a racheté Youtube pour la somme colossale de 1,65 milliard de dollars ; Yahoo avait fait l’acquisition en 2005 de del.icio.us (un site de partage de signets Internet) ; Amazon a investi dans Wikipedia pour un montant non dévoilé. Même Steve Ballmer, patron de Microsoft, entreprise traditionnellement aux antipodes du système libre, y va de son couplet pro-systèmes collaboratifs. Dans un entretien accordé au New York Times en octobre dernier, il reconnaissait que le plus grand changement dans la façon dont les gens utilisaient les logiciels était l’importance croissante prise par la communauté du Libre.

Sous l’impulsion concomitante du Libre et du Web, la société moderne, si souvent dépeinte comme individualiste, serait-elle en train de changer ? À noter tout de même que les personnes physiques à l'origine de Youtube, par exemple, en récupérant 1,65 milliard de dollars sur leur investissement de départ sans avoir à en reverser un kopeck aux nombreux internautes ayant contribué à la réussite de leur affaire, n'ont peut-être pas fait preuve d'une si grande "libéralité"…


* Cité dans "Wikipedia : une encyclopédie sur le Net", Le Monde, 03.01.07

04.L'art libre

Oeuvre numérique Capture d'écran de l'œuvre numérique On se comprend. Progressivement, des artistes du laboratoire de recherche graphique de DALTeX se réapproprient cette image et la modifient.
© Daltex-lab.com
L'art s'empare du Libre ! En 2000, un collectif français d’artistes, de juristes et d’acteurs du Libre a ainsi créé la LAL, la licence art libre. Son principe ? "L’idée était de prendre modèle sur le logiciel libre pour l’adapter à l’art contemporain", raconte Alexandre Nativel, vidéaste et plasticien, qui diffuse une partie de ses œuvres sous cette licence. Avec comme objectif écrit en préambule de la licence de "créer de nouvelles conditions de création pour amplifier les possibilités de création".

L’œuvre numérique "On se comprend" d’Antoine Moreau, par ailleurs à l’origine de la licence LAL, illustre le processus de réappropriation recherché. Il s’agissait au départ d’une mosaïque de neuf carrés colorés contenant des aphorismes dans différentes langues. À tour de rôle, des artistes s’en sont emparés et après cinq générations de changements et le travail d’Alexandre Nativel, l’œuvre est devenue un damier affichant aléatoirement des images de textures de peaux avec en surimpression certains des aphorismes originels (voir le site d'Alexandre Nativel).

Mais la LAL, bâtie sur le modèle de la licence GNU GPL du logiciel libre, était trop stricte : l’œuvre d’art pouvait être modifiée et copiée à la condition d’être redistribuée sous ces mêmes conditions. Pour rendre moins restrictifs les termes du contrat, furent élaborées à partir de 2001 les licences Creative Commons (CC) sous l’égide d’un professeur de droit américain, Lawrence Lessig. Au nombre de six, les licences CC permettent aux artistes de choisir à la carte les droits qui accompagnent l’œuvre : autorisent-ils ou non sa modification, son utilisation commerciale…

Plus d’un million d’œuvres françaises sont référencées aujourd’hui sous la bannière CC. On y trouve pêle-mêle de la musique, des affiches, des photographies de nature, des livres audio lus par des bénévoles... Si les œuvres numériques se prêtent à la distribution sous CC de part leur facilité à être copiées ou transformées, les œuvres matérielles n’en sont pas exclues. Des peintures et des sculptures sont ainsi déclarées sous licence libre. Concrètement, cela ne signifie pas qu’on peut venir prendre l’œuvre dans une galerie puis la remettre à sa place après l’avoir modifiée, mais simplement qu’on peut la photographier librement, s’en inspirer ou la copier. Une pièce de théâtre sous licence CC, La Causeuse, a même été jouée en juin au Théo Théâtre dans le 15e arrondissement de Paris. Son auteur, Bernard Lancourt, se déclare partisan de la licence libre "pour se faire connaître d'un public nouveau et parce que, seul, l’art n’a pas vraiment de valeur*."

Pourtant, de la valeur, il en faut pour que les artistes vivent de leur art. Ainsi les promoteurs de l’art libre ne confondent pas Libre et gratuit. Pour eux, c’est l’esprit de l’œuvre qui est libre de droit, pas sa matérialité. Si Alexandre Nativel cède gracieusement les fichiers numériques de ses œuvres, en revanche il fait payer leur écriture sur un DVD. Reste que l’art libre nourrit encore difficilement son artiste. La faute sans doute au fait que le modèle n’est pas encore entré dans les mœurs. "Les artistes sont de plus en plus favorables à l’ouverture des droits, mais en majorité ils ne comprennent pas le Libre, regrette t-il. Ils pensent qu’on va leur piquer leur boulot." Alexandre Nativel, lui, vit de diverses activités, notamment dans la direction artistique et la PAO (publication assistée sur ordinateur). "Les logiciels libres ont mis trente ans à accoucher d’un modèle économique viable. Je mettrai peut-être autant à vivre de mon art." On ne lui souhaite évidemment pas.


** Interview de Bernard Lancourt sur le site In Libro Veritas

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