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L'informatique est-elle masculine ?

Bill Gates, Turing, Von Neumann,... on pourrait croire que les femmes ne sont pas faites pour l’informatique. Mais n’est-ce pas plutôt l’image d’un monde d’hommes qui entretient la désaffection des femmes pour cette science ?

Ingénieure informatiqueAude Poizat, ingénieure réseau informatique dans une grande société.
© Fabienne Giboudeaux

Dans son livre, Émile ou de l'éducation, Rousseau considère que la logique mathématique est "desséchante", et qu'elle ne pourrait être exercée par les femmes sans les dénaturer. Il estime plus généralement qu’un attrait féminin pour les sciences n’est pas "naturel". Ce vieux schéma est-il encore présent dans une science pourtant nouvelle, les technologies de l’information et de la communication (TIC) ? Pourquoi les femmes sont-elles sous-représentées dans les métiers de l’informatique (moins de 30 %) et plus encore dans les formations correspondantes (moins de 20 %) ?

Première explication, les métiers des TIC (ensemble des secteurs d’activités économiques qui contribuent à la visualisation, au traitement, au stockage et à la transmission de l’information par des moyens électroniques) se sont construits dans la filiation des mathématiques, de la physique et des technologies. Ils concentrent donc les stéréotypes sexistes de ces domaines : les femmes seraient des handicapées des technologies, les informaticiens seraient des asociaux, leur panthéon n’accueillerait pas de femmes,… (chapitre 1). Professeures chercheuses à INT-Management et Télécom d’Evry, Isabelle Collet, Chantal Morley et Marité Milon étudient le comportement de leurs étudiant-e-s pour mieux comprendre les choix d’orientation des jeunes femmes. Ces recherches s’inscrivent dans le cadre du projet Sexties (Sexe et technologies de l'information). Jeux de pouvoirs, affirmation de l’identité et de la personnalité, rôles des filles dans un groupe de travail sont autant d’éléments qui vont constituer le curriculum vitae "caché" des étudiantes (chapitre 2).

Pour 2009, au terme de trois années de travail avec les étudiant-e-s de l’INT, les chercheuses espèrent déceler ce qui pousse certaines vers l’informatique malgré les préjugés et les difficultés. Elles y trouveront peut-être un argument pour inciter d’autres jeunes femmes à emprunter cette voie. En attendant, elles soutiennent les différents projets menés par les entreprises, les institutions et les associations pour "rattraper" le retard dans l'ouverture aux femmes des métiers de l’informatique, et plus généralement des sciences (chapitre 3).

01.Les idées reçues

Bureau informaticienLa vision stéréotypée et inexacte de l'informaticien introverti et associable est-elle responsable de la faible motivation des jeunes filles pour ce secteur d'activité ?
© Corbis
"Travailler dans l’informatique ? Certainement pas. C’est trop compliqué, vraiment répétitif et en plus, c’est un monde de mecs égocentriques, plongés dans une relation libidinale avec l’écran… ", telle pourrait être la réponse classique d’une jeune fille sortant du bac et devant faire son choix d’orientation. Vrai ou faux ?

Rappelons d'abord que sur un point au moins toutes les études scientifiques convergent : les femmes sont tout aussi disposées que leurs pairs aux réflexions scientifiques et techniques. N’en déplaise à Rousseau, l’informatique n’est pas plus compliquée pour le cerveau des femmes que pour celui des hommes. En terminale S, les deux sexes sont représentés presque à parité, et les filles sont plus nombreuses que les garçons à obtenir leur bac S du premier coup ! Les filles ont donc l’aptitude de réussir en sciences jusqu'à la fin du lycée, mais ne souhaitent pas continuer dans cette voie, puisqu'on ne les retrouve pas en proportions égales dans les études scientifiques supérieures.

À ce stade, on avance souvent l’argument du libre arbitre : il s’agirait d’un choix personnel et non d’une contrainte. C’est oublier les subtiles pressions que subissent les jeunes filles durant toute leur éducation et leur scolarité. À la maison tout d’abord, où les parents, bienveillants, "souhaitent que leurs garçons réussissent et que leurs filles soient heureuses", remarque Claudine Hermann, première professeure de physique à l’école Polytechnique et membre des comités de réflexion sur le rôle des femmes en science. Si les filles ont les mêmes compétences que leurs frères, bien souvent leur environnement social (parents, amis, professeurs,…) reste dubitatif quant à leurs capacités dans ces domaines. Elles sont plus rarement poussées vers les filières d’excellence et le dépassement de soi que leurs frères. Cela impose dès le départ une division sexuelle des rôles.

Division renforcée par le stéréotype de l’informaticien, un homme technophile, hostile aux filles en général, individualiste et associable. C’est une version "geek" (stéréotype du passionné de l'informatique) du scientifique introverti. Cette vision caricaturale est apparue au milieu des années quatre-vingt. Avant, les femmes occupaient 30 % des places dans les formations en informatique, actuellement, elles sont moins de 15 %. Entre temps, le micro-ordinateur est apparu, notamment Atari et sa cohorte de jeux vidéo, produisant des sociétés d’adolescents passionnés et, en apparence en tout cas, souvent renfermés. "Pour les filles, cette vision est beaucoup plus rebutante que pour certains garçons qui retrouveront dans cette image une partie de leur personnalité", estime Isabelle Collet, qui a mené une enquête auprès d’étudiant-e-s scientifiques de l’université Claude Bernard de Lyon.

Au fil des ans, les filles se sont forgées une idée biaisée des métiers de l’informatique. Par exemple, 44% des filles questionnées, sur les presque 300 jeunes ayant répondu, craignent que les métiers de l’informatique soient "répétitifs et monotones". Elles font alors référence à la programmation ou au développement, qu'elles imaginent comme tels même si ce n'est pas le cas, oubliant de plus tous les métiers attenants : web-designer, publication en ligne, bio-informatique, traitement de l’image,… À l’inverse, la programmation serait un fantasme de toute-puissance chez certains garçons. D’après l’enquête d’Isabelle Collet, ils opteraient pour cette voie en se projetant "pirate du Pentagone", hacker richissime, etc, autant d'images qui ne motiveraient pas beaucoup les filles, pense la chercheuse. "Il est temps que les jeunes passent outre les stéréotypes du métier et fassent leur choix avec une vision réaliste du secteur", espère Isabelle Collet. Même si, le choix d'un métier en échos à une vision fantasmée du domaine peut s'avérer une réussite à court comme à long terme.

La résistance des femmes aux formations en informatique peut paraître paradoxale étant donné qu'elles utilisent régulièrement, voire quotidiennement, les ordinateurs. Dans une enquête publiée en 2003, le ministère délégué à la Recherche et aux Nouvelles technologies constate que 37 % des femmes de moins de 40 ans utilisent Internet contre 47 % des hommes du même âge*. Aujourd’hui, les mères classent leurs photos dans le PC familial, les adolescentes créent leur blog et communiquent via Internet, les étudiantes manipulent Word, Excel ou Photoshop,... Équipe de fillesLes jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à se passionner pour les jeux en ligne, telle cette équipe féminine lors d'une coupe du monde des jeux vidéo.
© Games services
Idem pour les jeux vidéo, que l’on réduit trop souvent aux "shoot them up" (littéralement "mitraillez les", type de jeu dans lequel le joueur incarne un personnage devant détruire des hordes d'ennemis à l'aide d'armes de plus en plus puissantes au fur et à mesure qu'avance le jeu), combats de rue, courses automobile,… oubliant tout un pan : quiz, jeux de cartes, jeux de société,.. "auquel les filles s’intéressent davantage", considère Isabelle Collet. Non qu’elles soient "naturellement" attirées par les poupées, et les garçons par les bastons, mais leur éducation les porte généralement vers cela.

Quoique… Ceci est sans doute vrai pour la génération d’adultes à qui on offrait, il y a 10 ou 20 ans, une poupée pour les filles et une PlayStation pour les garçons. Mais ces schémas semblent se transformer. De plus en plus de filles se consacreraient avec joie aux jeux de stratégie et de simulation en ligne, tels que les Sims, Everquest ou l’Eye Toy,… (les statistiques officielles n’existent pas, mais plusieurs études limitées, réalisées par des entreprises, le confirment). Pour l’instant, "les pratiques informatiques des filles sont passées sous silence parce qu’elles sont différentes de celles des garçons qui, à l’école comme dans les loisirs, sont les référents de ces technologies. Elles ne sont donc pas reconnues", analyse Isabelle Collet. Résultat : les filles n’osent pas revendiquer leur savoir et passent la main aux garçons qui feront chemin seuls vers l’école de l’informatique.

Au niveau européen, un autre frein semble s’exercer selon l’étude www-itc (widening women’s work in information and communication technology / étendre le travail des femmes dans les technologies de l'information et de la communication) réalisée par la Fondation Travail-Université de Namur (Belgique). D’après l’étude, menée dans sept pays, certains pensent que les temps professionnels et familiaux sont difficilement conciliables dans les TIC ; alors qu’en réalité l’arbitrage des femmes est différent de celui des métiers aux horaires plus classiques : "les longues heures de travail ne sont pas considérées comme des obstacles si, en échange, les femmes jouissent d’une plus grande autonomie dans la gestion de leur temps et dans la planification des contraintes et engagements", estiment les auteurs.

* Source : http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr

02.Le "curriculum caché"

ImagierLes imagiers et livres pour enfants véhiculent l'idée que certains métiers sont plutôt à destination des hommes comme conduire une moto, un bateau ou un train alors que la femme est hôtesse de l'air ou bien fait du vélo !
© Source : Ma première encyclopédie "Les transports", Éditions Larousse, 1997
À l’école, ce que l’on apprend ne se limite pas aux programmes scolaires. À travers l’interaction avec les autres élèves, les manuels, les différences culturelles,… l’enfant se construit un "curriculum caché" conforme à l’image que la société a de lui. À l’école, on apprend donc à investir les disciplines conformes à son sexe. L’orientation scolaire devient un projet identitaire. "Les adolescents et adolescentes se comparent eux-mêmes avec les prototypes du métier et regardent si les deux images peuvent se superposer", explique Isabelle Collet dans son ouvrage L’informatique a-t-elle un sexe ?*. "Une femme peut accepter de ressembler à un informaticien, à condition d’accepter d’intégrer dans l’image de soi des qualificatifs généralement considérés comme masculins", explique l’experte. Même passionnée, une adolescente fera probablement passer l’informatique au second plan afin de rester une "fille" aux yeux des autres.

Bien malgré lui, le milieu éducatif entretient lui aussi ce fossé. Pendant longtemps, les plaquettes des écoles incitant les jeunes à faire de l’informatique ne mettaient en situation que des garçons. Idem pour les manuels, qui ne sont pas réfléchis dans le sens de la parité. Par ailleurs, "dans un cours d’informatique, les enseignants laissent davantage les garçons se débrouiller tout seuls, et ont moins tendance à leur prendre la souris quand ils leur viennent en aide (et en particulier parce que les garçons refusent catégoriquement de la lâcher)", témoigne Isabelle Collet. Encore mieux : en 2004, une étude a montré que les réponses des enseignants sont deux fois plus longues lorsqu’ils s’adressent à des filles. Portrait d'Ada LovelaceAda Lovelace (1815-1852) est reconnue pour sa collaboration avec le mathématicien Charles Babbage sur un projet de machine analytique, l'ancêtre mécanique de l'ordinateur.
© The Science Museum
Des différences ne reposant pas sur de véritables difficultés, mais davantage sur le manque de confiance que les filles montrent et qui renforce les enseignants dans leur a priori. D’ailleurs, comment pourraient-elles s’identifier à un monde qu’elles imaginent réservé aux hommes ? En effet, qui évoque dans les cours les grandes figures féminines de l’histoire de l’informatique : Ada Lovelace (1815-1852), première personne à avoir écrit un programme informatique, Grace Hopper (1906-1992), qui a inventé le compilateur, outil nécessaire pour rendre la programmation accessible à un large public... ?

Le projet de recherche Sexties (Sexe et technologies de l’information), mené à l’INT d’Evry, et coordonné par Chantal Morley, vise à mieux comprendre le choix d’orientation des jeunes filles. Démarré l’année dernière, il se déroulera sur trois ans avec trois axes de recherche : la mise en place du curriculum caché au cours d’un événement particulier, l’évolution de la représentation des technologies chez une vingtaine d’étudiants scolarisés à l’INT Evry et le témoignage d’une vingtaine de personnes ayant "un parcours de vie technique".

Le premier axe a été étudié lors du Challenge 2006, un concours mettant en compétition des projets de création d’entreprises imaginés par des groupes d’étudiant-e-s. Dans les rapports de force qui se sont inévitablement instaurés entre les équipiers, la technique et en particulier la maîtrise de l’ordinateur est apparue comme un moyen d’exercer le pouvoir. Sur les 320 jeunes participants, deux groupes (12 étudiants) ont fait l’objet d’observations et quatre groupes (22 étudiants) ont fait l'objet d'interviews. De prime abord, le caractère affirmé et volontaire des filles donne à penser que leur rôle ne diffère pas de celui des garçons. Mais une analyse plus approfondie montre tout de même une approche différente : si les filles maîtrisent aussi bien que les garçons la technique, elles n’en font pas un vecteur de pouvoir sur le groupe. Autre constat à l’issue de cette première année d’étude Sexties : "Nous avons repéré chez les filles plusieurs types de comportement face au leadership, explique Chantal Morley. Certaines sont plus conciliantes, plus à l’écoute, moins autoritaires, etc. D’autres renoncent à la position de leader car elles refusent de manager "au féminin". Enfin, quelques-unes utilisent la féminité comme une mascarade : visiblement féminines, porteuses de discours valorisant la communication et l’échange, elles installent en fait leur leadership avec une force et des stratégies qui ressemblent davantage aux attitudes du leader "virile"."



* Paru chez l’Harmattan en 2007.

03.Les remèdes

Publicité concours L'OréalChaque année, l’Unesco et L’Oréal remettent quinze bourses internationales à des jeunes femmes pour les aider à poursuivre leurs travaux de recherche dans un laboratoire d’accueil hors de leur pays d’origine.
© BETC EURO-RSCG
Pourquoi chercher à contrer le tassement voire la régression des femmes dans ce secteur ? Tout simplement parce qu’à l’horizon 2010, avec l’explosion du secteur TIC ( 53 %, soit 204 000 emplois qui seraient créés), se profile une pénurie de scientifiques et en particulier d’informaticiens. Les constats faits au niveau français se retrouvent également au niveau européen. Présageant une situation dangereuse pour notre compétitivité, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a décidé de raviver la fibre scientifique chez les femmes, seul vivier encore inexploité.

Deuxième raison, plus controversée : il faut maintenir la diversité. On retrouve cet argument dans l'opuscule mis au point par le réseau européen des femmes cadres (European professional women network, réseau professionnel européen de femme), sur les meilleures pratiques d’entreprises concernant la mise en œuvre des politiques de mixité. "La diversité est source de richesse. La présence des femmes créerait de meilleures ambiances de travail", estime Claudine Hermann, professeur de physique à l’école Polytechnique, et membre de comités de réflexion sur la place et le rôle des femmes dans les sciences. Isabelle Collet et Chantal Morley signalent cependant qu’il ne faut pas confondre diversité et complémentarité. "Les hommes comme les femmes disent préférer travailler en milieu mixte. Pour autant, ce serait une erreur de prétendre que les femmes apportent des compétences spécifiques du fait de leur sexe. Ce sont les qualités individuelles qui sont essentielles. Les différences interindividuelles sont toujours plus importantes que les différences entre groupe de sexe." De plus, si les femmes ont été exclues des sciences pour de prétendues différences sexuelles (leur incompétence par rapport aux hommes), il serait dommage de les réintégrer pour les mêmes raisons (leur diversité par rapport aux hommes).


Troisièmement, "il n’y a aucune raison d’exclure les femmes de ce secteur d’activité, surtout qu’il est porteur", estime Isabelle Collet. Mais alors, le coup de pouce aux femmes va-t-il se transformer en "discrimination positive" ? "Non, les femmes ne sont pas une minorité qu’il faut aider, mais bien une tranche de la population qui est de fait discriminée. Rééquilibrer la balance, ce n’est pas de la discrimination mais du rattrapage", corrige Isabelle Collet.


Regardons de plus près la forme que prend ce "rattrapage". Pour encourager les filles à investir les sciences en général, les initiatives fourmillent : récente création du site "Elles en sciences", concours L’Oréal-UNESCO qui dote d’une bourse cinq chercheuses ayant contribué au progrès de la science, inauguration en 2006 de l’Institut Émilie du Châtelet, premier réseau de recherche pour le développement et la diffusion des recherches sur les femmes, le sexe et le genre en France. Au niveau bien spécifique de l’informatique, les actions sont moins nombreuses parce que le problème est plus récent et moins bien cerné. On peut mentionner les vingt recommandations énoncées lors d’un colloque interministériel en 2005, notamment : dispenser des cours universitaires sur l’histoire de l’informatique, augmenter le nombre d’allocations en STIC envers les jeunes filles, rendre la communication des métiers induits lisible et visible,… "Il faut absolument changer la communication sur les métiers des TIC, qui mentionne rarement la présence des femmes et s’adresse explicitement aux hommes", insiste Chantal Morley. Côté associations, des systèmes de tutorat se mettent en place. Ainsi le projet Ada à l’INT d’Evry vise à favoriser l’accès des femmes aux TIC, notamment par un système de "marrainage" des futures informaticiennes.

En entreprise, les initiatives se multiplient. Le cercle InterElles, par exemple, a été formé en 2002 par des cadres de plusieurs entreprises industrielles - IBM, Schlumberger, France Télécom, EDF…- pour échanger sur les pratiques d’entreprises visant la valorisation et l’intégration des femmes dans un environnement scientifique ou technologique. Chez IBM, le groupe "Elles" réunit 250 femmes qui oeuvrent dans ce sens depuis plus de six ans. Résultat : les femmes cadres qui étaient 20 % sont maintenant 28 %, elles représentent cinq personnes sur les vingt-sept qui forment le comité de direction, lui-même dirigé par une femme. Leur action pour l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (notamment pour les mères de famille) a été reconnue par le magazine spécialisé Working Mothers ; et l’association des femmes journalistes (AFJ) leur a décerné en 2004 le prix de la publicité la moins sexiste de l’année.

Toutes ces initiatives visent à le souligner : c’est bien l’individu et non le sexe qui fait la différence. Car, faut-il le rappeler, les femmes ne viennent pas plus de Vénus que les hommes de Mars !

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