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Jacqueline Auriol, vivre pour voler

  • Posté le : Mardi 1 Juin 2004
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  • par : A. Chalamont
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  • Expert : R. Glavany
  • Actualisé le : Lundi 1 Octobre 2012
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Elle a été l'une des premières femmes à franchir le mur du son. C'était en 1953, à Brétigny, dans le ciel de l’Essonne.

Jacqueline AuriolJacqueline Auriol est l'une des premières femmes au monde à passer le mur du son.
© Association Amicale des Essais en Vol/CEV Brétigny

29 août 1953 : sur la base de Brétigny, au cœur de l'Essonne, ingénieurs d'essais, mécaniciens, contrôleurs météo sont prêts… Chacun est à son poste pour que l'unique pilote d'essai féminin de France, Jacqueline Auriol, passe le mur du son. A bord de son Mystère II, elle va signer dans les heures qui suivent, d'un double bang à 13 500 mètres dans le ciel de l'Essonne, le passage de Mach 1, soit 1224 km/h. A cette époque, le passage du mur du son reste un exploit et une séquence de vol mythique. Les phénomènes aérodynamiques rencontrés lorsque l'avion approche de la vitesse du son puis la dépasse (notamment l'apparition d'ondes de choc sur les ailes) perturbent le fonctionnement habituel des commandes. Inversant même momentanément le sens normal de leur fonctionnement…

Retour en arrière, quelques années auparavant. Aux côtés de la première dame de France, voici Jacqueline Auriol recevant à l'Elysée hommes de lettres, peintres et diplomates. Son mari, Paul, est le fils de Vincent Auriol, le Président de la République. Paul est à l’origine de la passion de Jacqueline pour l’aéronautique. C’est lui qui lui a fait connaître ce sport à part. L’initiation a commencé sur le terrain de Saint-Cyr-l'Ecole, dans l'Ouest parisien. “Lâchée” seule à bord après une dizaine d'heures de double commande, elle décroche très vite un brevet de Pilote Privé 2e degré (aujourd'hui appelé PPL).

Record de vitesse pour J. AuriolEn 1952, aux commandes d’un mistral, Jacqueline Auriol atteint la vitesse record de 855, 9 km/h. Petit à petit, elle se rapproche du mur du son…
© Association Amicale des Essais en Vol/CEV Brétigny

01.Qualités exceptionnelles

Le Mirage IIIEn 1963, à bord d’un Mirage III, Jacqueline Auriol bat le record féminin de vitesse : 2037,7 km/h.
© Association Amicale des Essais en Vol/CEV Brétigny
Sa position à l'Elysée lui facilite l'accès aux avions du GLAM (Groupe de liaisons aériennes interministérielles). Elle se prend au jeu et commence la voltige sur Morane 341. Son moniteur est Raymond Guillaume – rien moins que le pilote instructeur de la célèbre Patrouille d'Etampes, devenue, après guerre, la Patrouille de France (PAF). Il est sidéré par ses “qualités exceptionnelles d'aisance aux commandes.” Elle participe alors bientôt à des meetings aériens, accumule les heures de vol, devient en 1949 l'une des très rares femmes pilotes de voltige de l'époque et se fait connaître dans le cercle restreint des professionnels.

.Mais le 11 juillet de cette année-là, son destin bascule. Passagère à bord d'un hydravion SCAN 30, assise à l’avant, elle est victime d'un terrible accident. Sur le plan d'eau de Meulan, dans l'une des boucles de la Seine, la coque de l'avion heurte brutalement la surface de l'eau. L'appareil se retourne et commence à couler. Les quatre occupants sont blessés, Jacqueline Auriol est la plus touchée : elle s’est écrasé le visage contre le tableau de bord. “Gueule cassée” à 32 ans. Pour certains, cet accident dramatique signe le véritable point de départ de sa carrière. Elle, si proche de ses enfants, choisit de ne revoir ses deux fils qu'après avoir retrouvé un visage. Elle vole à nouveau entre deux opérations, passe sa qualification sur avion à réaction puis sur hélicoptère. Deux ans plus tard, c'est une femme neuve qui retrouve sa famille. Comme un nouveau destin qui soudain se dessine. Avec une ambition : faire de l'aviation un métier à part entière Elle se fixe un but : entrer dans la “ Mecque ” des essais en vol, le Centre d’essais en vol (CEV) de Brétigny-sur-Orge. Raymond Guillaume y travaille alors et c'est lui qui va guider sa progression. Premiers pas : elle prend en main le “Vampire” que la France vient d'acheter aux Britanniques et construit sous licence.

Le Centre d'Essais en VolLe Centre d'essais (CEV) en vol de Brétigny, dans les années 50 : amitiés solides et esprit de conquête.
© Association Amicale des Essais en Vol/CEV Brétigny

02.La guerre des Jacqueline

Le 12 mai 1951, c'est dans l'annexe d'Istres du CEV, près de Marseille, que l'attend toute l'équipe. Décollage vers 18 heures pour une ligne droite qui la mène à la verticale d'Avignon, à 818,181 km/h. A bL'aéronautique dans les années 50A l’époque, dans les années 50, il était très rare de voir une femme aux commandes d’un avion…
© Association Amicale des Essais en Vol/CEV Brétigny
ord de son “ Vampire ”, elle devient “la femme la plus rapide du monde”, battant de plus de 50 km/h le record de sa rivale américaine Jacqueline Cochran. Commence alors une longue série de chasse aux records. C'est le début de la “guerre des Jacqueline”. Entre Mesdames Auriol et Cochran, c'est à qui battra l'autre. Duel de chevalerie amicale pour une course aux résultats, où l'on se bat à coups de risques calculés, de minutages sur circuits et de gros réacteurs. Jacqueline Cochran de son côté s'est fait connaître durant la guerre, créant le Corps des Pilotes Féminins volontaires en 1941, pilotant des chasseurs à hélices “Mustang”, puis plus tard des chasseurs à réaction “Sabre”. Les victoires, couronnées des plus hautes distinctions aéronautiques, passent d'un côté à l'autre de l'Atlantique. Avec à la clé, derrière l'exploit sportif et technique, toutes les retombées commerciales espérées par les constructeurs… Combat qui se terminera en 1964 avec la révérence de Jacqueline Cochran, qui, à 57 ans, dépassera les 2 090 km/h sur un chasseur F 104 Starfighter battant ainsi de quelques encablures les 2 038km/h de Jacqueline Auriol sur Mirage III…

03.Un double “ bang ” dans le ciel

Le mur du son, Jacqueline AuMur du sonSchéma du mur du son.
© Banque des Savoirs de l'Essonne
riol le passe donc durant cette période folle, dans le ciel de Brétigny-sur-Orge, ce fameux 29 août 1953. Une fois l’avion posé, elle se lance un nouveau défi : intégrer l'EPNER (Ecole du personnel navigant d'essais et de réceptions). Mais elle n'est pas matheuse et l'expérience des vols qu'elle a acquise sur les différentes machines ne peut combler ses lacunes en théorie aéronautique. Durant un an, elle s'attelle à une mise à niveau complète. Elle est reçue au stage de la promotion 1954 et devient le seul pilote d'essai féminin au monde, avec le Brevet numéro n°176.

 Le quotidien d'un pilote d'essai du CEV de Brétigny-sur-Orge au service de l'Etat est bien loin des feux de la rampe. Pour un prototype d'avion ou d'hélicoptère, il s'agit essentiellement de procéder à la vérification de ses performances et qualités en vol, puis de définir ou de confirmer les limites du domaine dans lequel son emploi pourra être autorisé. Enfin il faut déterminer s'il est apte à être fabriqué en série. Pour un prototype de moteur, d'équipement, d'armement… il s'agit de vérifier les caractéristiques du matériel en regard de celles exigées dans les clauses de son marché de réalisation… C'est une activité strictement encadrée, minutieusement préparée par l'ingénieur responsable du programme. Jacqueline Auriol participera aux essais de nombreux matériels civils et militaires, aux côtés de ses collègues masculins.

Personne ne s'étonne aujourd'hui que l'armée de l'air compte plusieurs femmes pilotes de chasse ou que des jeunes femmes soient aux commandes d'un Airbus. Mais à l'époque, elles étaient à peine une poignée à s'affirmer dans le monde de l'aéronautique. Jacqueline Auriol a confié : “ Si mes collègues de travail m'ont considéré comme l'une des leurs, ai-je besoin de dire que j'ai tout fait pour qu'il en soit ainsi et que là était ma fierté.” EllePlaque commémorativeLa plaque commémorative dédiée à Jacqueline Auriol.
© Association Amicale des Essais en Vol/CEV Brétigny
a décrit cet environnement de travail tout à la fois comme “chaleureux, inquiet et enthousiaste”. Elle est restée pilote d’essai jusqu’en 1971.

Aujourd’hui, la base de Brétigny n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Les parkings sont désormais quasi déserts et l'on n'entend plus le grondement des réacteurs au décollage. Ses deux pistes, qui se croisent à 70 degrés, n'accueillent plus que de rares atterrissages d'appareils militaires. Il reste cependant, dans l'allée centrale de la base, un Mirage III R, le n°02, en exposition statique. Comme le rappelle la plaque commémorative placée au pied de l'avion, c'est sur un appareil semblable, le n°307, que Jacqueline Auriol enleva le record, encore un autre, international de vitesse sur 100 km en circuit fermé.

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